Mon TravailCrise de la peinture?En voilà un VRAIS artiste (il suffit de cliquer sur le lien):
ajouté le 30/03/2008:
Le processus créatif, texte d’une intervention de Marcel Duchamp lors d’une réunion de la Fédération américaine des Arts à Houston, avril 1957
Considérons d’abord deux facteurs importants, les deux pôles de toute création d’ordre artistique : d’un côté l’artiste, de l’autre le spectateur qui, avec le temps, devient la postérité. Selon toutes apparences, l’artiste agit à la façon d’un être médiumnique qui, du labyrinthe par-delà le temps et l’espace, cherche son chemin vers une clairière. Si donc nous accordons les attributs d’un medium à l’artiste, nous devons alors lui refuser la faculté d’être pleinement conscient, sur le plan esthétique, de ce qu’il fait ou pourquoi il le fait - toutes ses décisions dans l’exécution de l’œuvre restent dans le domaine de l’intuition et ne peuvent être traduites en une self-analyse, parlée ou écrite ou même pensée. T.S. Eliot, dans son essai Tradition and individual talent, écrit : « l’artiste sera d’autant plus parfait que seront plus complètement séparés en lui l’homme qui souffre et l’esprit qui crée ; et d’autant plus parfaitement l’esprit digérera et transmuera les passions qui sont son élément ». Des millions d’artistes créent, quelques milliers seulement sont discutés ou acceptés par le spectateur et moins encore sont consacrés par la postérité. En dernière analyse, l’artiste peut crier sur tous les toits qu’il a du génie, il devra attendre le verdict du spectateur pour que ses déclarations prennent une valeur sociale et que finalement la postérité le cite dans les manuels d’histoire de l’art. Je sais que cette vue n’aura pas l’approbation de nombreux artistes qui refusent ce rôle médiumnique et insistent sur la validité de leur pleine conscience pendant l’acte de création – et cependant l’histoire de l’art, à maintes reprises, a basé les vertus d’une œuvre sur des considérations complètement indépendantes des explications rationnelles de l’artiste. Si l’artiste, en tant qu’être humain plein des meilleures intentions envers lui-même et le monde entier, ne joue aucun rôle dans le jugement de son œuvre, comment peut-on décrire le phénomène qui amène le spectateur à réagir devant l’œuvre d’art ? En d’autres termes, comment cette réaction se produit-elle ? Ce phénomène peut être comparé à un « transfert » de l’artiste au spectateur sous la forme d’une osmose esthétique qui a lieu à travers la matière inerte : couleur, piano, marbre, etc. Mais avant d’aller plus loin, je voudrais mettre au clair notre interprétation du mot « Art » sans, bien entendu, chercher à le définir. Je veux dire, tout simplement, que l’art peut être bon, mauvais ou indifférent mais que, quelle que soit l’épithète employée, nous devons l’appeler art : un mauvais art est quand même de l’art comme une mauvaise émotion est encore une émotion.Donc quand plus loin je parle de « coefficient d’art », il reste bien entendu que non seulement j’emploie ce terme en relation avec le grand art, mais aussi que j’essaie de décrire le mécanisme subjectif qui produit une œuvre d’art à l’état brut, mauvaise, bonne ou indifférente. Pendant l’acte de création, l’artiste va de l’intention à la réalisation en passant par une chaîne de réactions totalement subjectives. La lutte vers la réalisation est une série d’efforts, de douleurs, de satisfactions, de refus, de décisions qui ne peuvent ni ne doivent être pleinement conscients, du moins sur le plan esthétique. Le résultat de cette lutte est une différence entre l’intention et sa réalisation, différence dont l’artiste n’est nullement conscient.En fait, un chaînon manque à la chaîne des réactions qui accompagnent l’acte de création ; cette coupure qui représente l’impossibilité pour l’artiste d’exprimer complètement son intention, cette différence entre ce qu’il avait projeté de réaliser et ce qu’il a réalisé est le « coefficient d’art » personnel contenu dans l’œuvre. En d’autres termes, le « coefficient d’art » personnel est comme une relation arithmétique entre « ce qui est inexprimé mais était projeté » et « ce qui est exprimé inintentionnellement ».Pour éviter tout malentendu, nous devons répéter que ce « coefficient d’art » est une expression personnelle « d’art à l’état brut » qui doit être « raffiné » par le spectateur, tout comme la mélasse et le sucre pur. L’indice de ce coefficient n’a aucune influence sur le verdict du spectateur. Le processus créatif prend un tout autre aspect quand le spectateur se trouve en présence du phénomène de la transmutation ; avec le changement de la matière inerte en œuvre d’art, une véritable transsubstantiation a lieu et le rôle important du spectateur est de déterminer le poids de l’œuvre sur la bascule esthétique. Somme toute, l’artiste n’est pas seul à accomplir l’acte de création car le spectateur établit le contact de l’œuvre avec le monde extérieur en déchiffrant et en interprétant ses qualifications profondes et par là ajoute sa propre contribution au processus créatif. Cette contribution est encore plus évidente lorsque la postérité prononce son verdict définitif et réhabilite des artistes oubliés. Picasso en parlant de la peinture contemporaine (extrait du livre <Vivre avec Picasso> de Françoise Gilot et Carlton Lake, Bibliothèques 10/18):
<<<Nous appartenons malheureusement à une époque où il n'y a ni ordre ni canon qui permette de soumettre la production artistique à des règles. Les Grecs, les Egyptiens avaient cela. Pour eux, la beauté était par définition contenue dans ces règles. Mais quand la peinture a perdu tout rapport avec la tradition et quand l'impressionnisme a permis à chaque peintre de faire ce qu'il voulait, ce fut l'anarchie. On decida que, seules, les sensations et les émotions comptaient et que chacun pouvait recréer la peinture comme il l'entendait, à partir de n'importe quelle base. Alors il n'y a plus eu de peinture, il n'est resté que des individus. La Sculpture est morte de la même mort.
Depuis Van Gogh, nous sommes tous des autdidactes - on pourrait presque dire des peintres primitifs. La tradition ayant elle-même sombré dans l'académisme, nous devons recréer tout un langage. Et chaque peintre de notre temps est habilité à recréer ce langage de A à Z. On ne peut lui appliquer aucun critère a priori, puisque les règles fixes n'ont plus cours. D'un certain point de vue, c'est une libération, mais c'est en même temps une limitation terrible: quand l'artiste commence à exprimer sa personnalité, ce qu'il gagne en liberté il le perd en ordre, et c'est très mauvais de ne plus pouvoir s'attacher à une règle>>> En 1952, Picasso écrivait à son ami Giovanni Papini : « Dans l'art, les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l'étrange, l'extravagant, le scandaleux. Moi-même, depuis le cubisme et au-delà, j'ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées par la tête, et moins ils les comprenaient, plus ils les admiraient. Mais quand je suis seul avec moi-même, je n'ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot. Ce furent de grands peintres que Giotto, Le Titien, Rembrandt et Goya : je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et épuisé le mieux qu'il a pu l'imbécillité, la vanité, la cupidité de ses contemporains. C'est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu'elle ne peut sembler. Mais elle a le mérite d'être sincère ». Extrait d'un entretien avec Istvan Sandorfi dans la revue "Pratique des Arts", n° 67.
Question PDA:
Comment expliquez-vous la crise de la peintue?
Réponse Istvan Sandorfi:
<Toute époque possède l'art qui lui correspond, et chacun est réceptif à l'art qu'il mérite. L'évolution est par excellence en crise permanente mais c'est son accélération qui amplifie l'effet de crise.
La peinture ne connaît pas de crise car elle est d'essence et de dimension individuelle. Ce qui est en crise, cest l'idée que les gens se font de l'art, et donc de la peinture. C'est l'effet pervers de la culture, qui accumule des interprétations et finit par inverser le sens des mots pour conduire à un contre-sens général. Ainsi, il y deux mots galvaudés d'ailleurs liés, et qui sont les mots "art" et "Dieu". C'est la perte de la définition du premier qui permet de faire passer pour de l'art son exact contraire puisque l'art d'aujourd'hui, c'est l'art de faire passer pour de l'art ce qui ne l'est pas, grace notamment à l'officialisation des valeurs fictives par l'argent et les institutions. Ces réactions en chaine de la dérision ne sont intéressantes que sur le plan psychosocial. Elles dénotent le déclin de l'individu, qui n'obéit plus à son jugement mais à la tendance collective marquée par l'implosion du système. La pleinture reste la plus élémentaire des arts. Elle ne sera jamais évincée par ses déviations ni déclassée dans les consciences tant qu'elle demeurera fidèle à son fondement de figuration.>
Pour en savoir plus sur cet artiste:
<<<<N'importe quelle nullité plastique devient digne d'intérêt si on la justifie par une citation de Deleuze, une phrase de Guattari, une référence à Baudrillard, un rappel de Virilio ou, aujourd'hui, un détour par Sloterdijk>>>>
Extrait du livre de Michel Onfray "La puissance d'exister"
Article ajouté le 2006-03-26 , consulté 1019 fois CommentairesRivana le 05/07/2006 à 13:44:12coucou Elke! C'est Rivana des AAP ;-). J'ai adoré ce article! J'ai envie de le recopier en entier aussi :-D. Et l'artiste , qui je ne connaissais pas , est vraiment extraordinaire! Je suis fan de ce magazine, je l'achète toujours. Bizzz Rivana Yann le 17/05/2007 à 18:10:39 L'art n'a pas seulement une dmension individuelle; il possède un sens collectif. Les grandes civilisations ancennes ont toutes connu un art collectif, dans lequel les individus se reconnaissaient. La "crise" actuelle de l'art vient précisément du fait que nous navons plus d'art collectif proprement dit. C'est le règne de la variété individuelle, dans toutes ses latitudes. Aucun point de repère; le "beau" n'est plus qu'un mot vide... D'atre part, il est très idéologique de dire, comme cet auteur le fait, que seul le fondement figuratif de l'art en fait un bastion imprenable et indépassable. Toutes les civilisations ont connu de grands monuments d'art abstrait, dans lesquels elles se projetaient. Et la créativité de l'artiste ne se limite pas, loin de là, au seul figuratisme! Tout art est absstrait: formule à méditer... G.G. site : www.gerard-devos.com | le 27/12/2007 à 13:24:35 Cela fait quarante ans que je peints sans exposer Face aux critiques, moqueries etc...pour la seule raison que ma peinture est académique et décorative. Mais, si les artistes ne créent plus le BEAU ,face à l'angoisse et notamment à la laideur artistique imposée par les "commerciaux" le suicide collectif s'initiera dans notre jeunesse... Je m'adresse aux jeunes artistes "réapprendre à dessiner c'est comme réapprendre à penser et à vivre" Au-delà du temps la vie a un sens , je ne peux que vous l'affirmer,à vous de le trouver...Si tu veux être heureux rend l'Autre heureux , mais surtout n'essaie pas de le porter sur tes épaules, il t'écrasera... Gérard LiensVoir les articles de la catégorie " La peinture... "Retour aux articles |
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